Les effets négatifs d’un programme d’objectifs

Par Richard Durand, conférencier et conseiller en gestion des performances

J’en ai assez de travailler pour les autres : je me lance en affaires...

Monsieur Untel, soyez assuré que vos services au cours des années furent très appréciés mais, comprenez-vous, nous vivons une période de récession...

Peu importe la raison pour laquelle nous devenons travailleur autonome, certains après une période de deuil importante, d’autres sous le moment de l’impulsion, nous avons tous à cœur de réussir dans le domaine que nous choisissons. Aussi, quoi de plus naturel que de se fixer des objectifs pour réussir. Surtout si nous écoutons certains motivateurs pour qui tout semble facile : " Lâche pas mon Albert, t’es capable. Le monde t’appartient. T’as qu’à penser positif, tout est possible... ".

Mes dix dernières années en tant que conférencier et conseiller en gestion des performances m’ont amené à faire une étude poussée, avec l’aide de Nadine Murtada, une psychologue industrielle, sur l’importance de se fixer des objectifs. Aujourd’hui, une de mes conférences la plus souvent présentée s’intitule Les effets négatifs d’un programme d’objectifs.

Ces recherches m’ont prouvé que la plupart d’entre nous, moi le premier, nous fixons des objectifs d’une certaine façon en nous imaginant que cette façon est infaillible! Voici quelques résultats de ma recherche sur la motivation et la fixation d’objectifs :

- il nous faut aborder le sujet avec le plus grand sérieux et beaucoup de méthode, sinon un effet négatif important nous amènera au découragement, au manque d’estime de soi, à l’échec. Il y a une grande différence entre le positivisme et l’attitude positive. Le positivisme est une attitude de banalisation, de négation où tout va bien : " Pas de problèmes, comment vas-tu Jean? Je pète le feu! Je vais toujours bien! " L’attitude positive, quant à elle, est une attitude de réalisme vis-à-vis un événement désagréable, voire un échec. En fait, un échec n’est pas une fin en soi mais plutôt une façon de " ne pas faire ", d’où l’importance de le reconnaître.

- Les preuves scientifiques abondent quant à l’efficacité, voire la nécessité de se fixer des objectifs pour réussir, mais toutes ces études s’entendent sur le fait que ce n’est pas un exercice à prendre à la légère. Des 201 études* recensées par messieurs Locke et Latham en 1990, 183 (soit 91 %) démontrent ceci : on atteint de meilleures performances en se fixant des buts difficiles mais précis, plutôt qu’en ne s’en fixant pas ou en s’en fixant de très vagues. Après une compilation détaillée des résultats, 13 des études indiquent une amélioration moyenne de la performance de 17,6 %.

D’autres chercheurs*, (Chidester & Grigsby, 1984; J.E Hunter & Fils), ont effectué des compilations similaires à partir d’autres études et ils ont constaté une amélioration moyenne de la performance de 8,4 % à 16 %. Cet écart est en fait attribuable aux facteurs propres aux milieux où un programme de fixation d’objectifs a été implanté et à la façon dont il a été conduit.

Après 28 années de recherche*, E.A. Locke et G.P. Latham ont recensé plusieurs impacts positifs attribuables à la fixation d’objectifs difficiles et précis. En voici la liste :

- Un déploiement d’efforts continu;

- De meilleures performances;

- Une plus grande persistance;

- Une attention et une action mieux dirigées;

- Moins d’ambiguïté dans notre travail;

- Un plus grand sentiment d’efficacité (se sentir capable ou compétent);

- Une motivation à chercher les stratégies appropriées pour atteindre l’objectif fixé.

Tout cela est basé sur un programme de fixation d’objectifs avec un suivi adéquat, ce qui représente en fait le plus grand manque dans la plupart des programmes. D’où justement la plus grande difficulté pour le travailleur autonome : cela requiert une très grande discipline et une assiduité au programme. Le manque de suivi du programme amène des effets dévastateurs plutôt que la motivation escomptée.

En fait, le manque de suivi d’un programme d’objectifs peut causer des torts irréparables tels que :

- insatisfaction;

- échec ou anticipation de l’échec;

- sentiment de pression;

- dépréciation de l’estime de soi;

- anxiété.

J’aurai le plaisir, dans mes prochains articles, de développer et de partager avec vous des stratégies reconnues et recommandées pour l’implantation d’un programme d’objectifs. Je développerai également des thèmes comme La motivation : sans la poudre aux yeux, Le succès : un mode de vie structuré, Structurer efficacement mon programme d’objectifs, Le voir pour le croire, etc.

D’ici là, je vous souhaite tout le succès espéré dans tous vos projets.

* Source : OBJECTIF: Réussir sa vie et dans la vie! Richard Durand, Éditions Un monde différent, 160 pages, 17,95$